Une analyse jungienne est d’abord une plongée dans nos profondeurs. Mais quelles profondeurs ?
Nous avons souvent l’habitude de nous identifier à notre moi conscient, à nos projets, notre profession, notre famille, à ce que nous savons de notre passé, de notre histoire. Mais il y a parfois des parties de nous qui nous surprennent : une réaction imprévisible, une colère, un désir, un ennui profond, une quête de sens qui n’en finit pas, une tristesse larvée, une addiction, une joie involontaire. C’est donc, disent Freud et Jung, que nous ne sommes pas que cette partie de nous que nous connaissons si bien. Il y a en fait une grande part d’inconnu en nous à laquelle nous n’avons pas un accès direct : l’inconscient.
Pour Freud, ce que le moi conscient ne peut ou ne veut voir, il le repousse dans l’inconscient : un trauma par exemple, un désir coupable, une agressivité, etc. Pour Freud, l’inconscient, c’est en fait le lieu du refoulé.
Pour Jung, par contraste, l’inconscient n’est pas le rebut, ce que je rejette et refoule. Au contraire, c’est le lieu originaire, l’énorme forêt dans toute sa force créative. L’inconscient c’est donc d’abord de l’énergie psychique.
Mais cette énergie n’est pas brute. Elle prend les formes de l’expérience humaine accumulée, ce que Jung nomme les archétypes. Ce n’est pas pour rien que les contes de fées ont des thèmes récurrents: les deux frères, le mariage du prince et de la princesse, le paysan qui habite à la lisière, etc. Tous ces thèmes mettent en scène, sous une forme plus ou moins explicite, des mouvements de notre psyché dont nous sommes les héritiers. L’inconscient pour Jung est donc beaucoup plus large que le seul inconscient personnel. Il parlera d’inconscient collectif.
L’inconscient a enfanté le conscient, pour se penser, pour se réfléchir, pour le contenir, pour s’accomplir. Sans la conscience, l’inconscient est … inconscient ! Nous sommes donc les enfants de la forêt, nous l’habitons comme elle nous habite.
Faire une analyse jungienne, c’est d’abord renouer avec la part d’inconnu en soi, entrer dans la grande forêt. Lieu vital d’où nous puisons notre force de vie, mais lieu mystérieux aussi qui, si l’on n’y prend garde, peut nous perdre. Faire une analyse jungienne, c’est donc apprendre les chemins, c’est-à-dire le travail du conscient dans l’inconscient. Réciproquement, c’est également apprendre à écouter les messages de la forêt. Les manifestations de l’inconscient sont multiples : projections, réactions involontaires, patterns qui se répètent, coïncidences étranges, et, bien sûr, voie royale, les rêves.